En 2007, Sylvaine Boquet s’installe à Bellenaves, un petit village d’un millier d’âmes situé dans le département de l’Auvergne. Depuis son emménagement, sa famille et elle sont victimes des propos racistes des habitants.
En 2001, Sylvaine Boquet décide de quitter la Réunion. Les relations avec le père de ses enfants se dégradent. Pour fuir les tensions, elle s’installe à Gannat (petit village de l’Allier). Les premières années, sa famille et elle mènent un vie tranquille. Le temps passe, les enfants grandissent, leur maison devient trop petite. Décision est prise de déménager dans le village voisin, Bellenaves. En février 2007, elle trouve une jolie petite case, signe le bail et emménage. “Depuis ce jour, la sérénité à laissé place à l’anxiété”, confie la mère au foyer. Quand elle s’installe, les affaires des anciens locataires sont toujours stockées dans la grange. Sylvaine Boquet leur demande de les retirer afin qu’elle puisse y ranger les siennes. Malgré plusieurs appels, les anciens occupants tardent à venir. Jusqu’au jour où, deux femmes, accompagnées de deux hommes se présentent à sa porte. “Elles ont crié qu’elles étaient chez elles, m’ont traitée de voleuse”, se souvient-elle. Quand Sylvaine Boquet tente de s’expliquer, un “ta gueule sale négresse !” fuse, suivit d’un “c’est bientôt les élections, on va te foutre dehors. Vive Le Pen !”. Choquée, elle se réfugie à l’intérieur de la maison, sous une pluie d’insultes racistes. Ses enfants, âgés de 6 à 15 ans, assistent à la scène, apeurés.
“J’angoisse en permanence”
Une fois remise de ses émotions, Sylvaine Boquet porte plainte pour agression et insultes raciales. “Elle a été classée. L’un des hommes est le fils du commerçant de Bellenaves. Et d’après ce qu’on m’a raconté, il serait intouchable”, se désole Madame Boquet. La nouvelle a vite fait le tour de ce petit village où tout le monde se connaît. Au fil des jours, les relations avec les habitants du village empirent. “Quand je passe dans la rue, on me nargue, murmure des paroles blessantes sur ma couleur de peau”, poursuit Sylvaine Boquet. Elle ajoute : “J’angoisse en permanence. Dès qu’une voiture s’arrête près de moi, je prends peur”. La situation affecte même sa santé, Sylvaine Boquet prend un traitement pour l’hypertension. Elle n’est d’ailleurs pas la seule victime de ces propos. Ses enfants rencontrent des difficultés pour s’intégrer. À l’école, on se moque d’eux et on ne veut pas s’asseoir à côté d’eux parce qu’ils sont noirs. Gémahaëlle, 6 ans, pleure tous les matins et refuse d’aller en classe. Logan, 10 ans, fait des crises d’asthme avant de prendre le chemin de l’école. Inquiète, Sylvaine Boquet se renseigne auprès des instituteurs. Ces derniers affirment qu’ils n’ont rien remarqué d’anormal. Les pleurs persistent, et leur maman décide de les inscrire dans un autre établissement. Leur ancienne école, située à 20 kilomètres du domicile familial, accepte de les reprendre. Seul souci : c’est un établissement privé. “Je n’ai pas d’emploi, mais je préfère payer pour que mes enfants puissent suivre une scolarité normale, sans être perturbés”, soutient la mère de famille. Si les plus jeunes retrouvent une certaine quiétude, ce n’est pas le cas pour leur grand frère. Jonathan, 15 ans, refuse de sortir dans le village ou de s’inscrire dans les clubs sportifs. Malgré ces désagréments, Sylvaine Boquet prend du recul. “Je ne pense pas que ce soit uniquement une histoire de couleur de peau. D’autres habitants qui sont pas originaires de Bellenaves ont aussi eu des problèmes”, précise-t-elle. Aujourd’hui, les choses rentrent petit à petit dans l’ordre, surtout depuis l’élection de Valérie Bègue. Sylvaine Boquet a même été convié au pot de fin d’année organisé par la mairie. “Les villageois ont compris que j’étais Réunionnaise, donc Française, et non Ivoirienne, comme ils le pensaient. Quand notre miss a été sacrée, les gens sont venus vers moi pour me féliciter. Enfin, les personnes âgées surtout. Parce qu’avec les jeunes, c’est une autre paire de manches”.